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"Après l'attaque du Bataclan, il m'a fallu réapprendre à vivre"

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Le 13 novembre 2015, Paris était la cible d'attaques terroristes. Ce soir-là, Célia était au Bataclan avec son époux. Ils en sont sortis indemnes, mais transformés à jamais.

Mon mari avait déjà vu sur scène les Eagles of Death Metal [le groupe de rock américain qui se produisait au Bataclan le soir de l'attaque, ndlr] quelques mois plus tôt, mais il m'a proposé de venir les revoir au Bataclan avec lui.

L'ambiance était tellement bonne que, lorsque les premières détonations ont retenti, j'ai d'abord cru que c'étaient des pétards lancés par des fans. J'ai reçu un éclat de balle dans la fesse gauche, sans comprendre. Quand tout le monde s'est mis à terre, j'ai suivi le mouvement, toujours sans comprendre ce qui se passait exactement. Même lorsque j'ai vu distinctement deux des terroristes armés de leur kalachnikov, que je les ai vus tirer, je n'arrivais toujours pas à réaliser la gravité de la situation. Comme si elle était surnaturelle. Ce n'est que lorsque l'un d'entre eux a dit : « Vous avez tué nos frères en Syrie, maintenant on est là ! » que j'ai compris que nous étions victimes d'une attaque terroriste.

« Bien qu'allongée dans un bain de sang, je n'ai pas eu le temps d'avoir peur »

Je n'ai plus eu qu'une seule pensée en tête : m'en sortir pour retrouver mes filles de 5 et 8 ans. C'était comme une évidence, que je me répétais en boucle : « Je n e peux pas rester là. Je ne peux pas mourir . On ne peut pas mourir . Pas ici ! Pas maintenant ! » Un instinct de survie, animal, a pris le dessus sur toutes les autres émotions. A chaque fois que les terroristes rechargeaient leurs armes, quelques personnes encore vaillantes se relevaient pour rejoindre la sortie. La première fois, j'ai suivi le mouvement et j'ai réussi à me rapprocher de mon mari. Il était couvert de sang, mais il était vivant. Lorsque les tirs ont repris, nous nous sommes jetés à terre, en nous tenant la main. Soudain, nous avons entendu une voix venant de l'entrée qui a crié : « Sortez, sortez vite ! » Nous avons fait confiance à cette voix [ il s'agissait en fait du policier de la BAC intervenu en premier sur les lieux, ndlr ] et avons réussi à nous extirper de cet enfer. Une fois dehors, mon mari et moi avons été emmenés par un policier vers une porte cochère sous laquelle se réfugiaient tous ceux qui, comme nous, avaient pu sortir du Bataclan.

Il y avait de nombreux blessés, dont certains gravement. Je me souviens notamment d'un homme qui, malgré le massage cardiaque prodigué par les pompiers, n'a pas survécu à ses blessures. Ve rs 4 heu res du matin, un ami a enfin pu venir nous chercher. Voir un visage familier après ce que nous venions de vivre nous a vraiment réconfortés.

« C'est un dessin de ma fille qui m'a permis d'oublier mes idées noires »

Après ce week-end, j'ai repris ma routine journalière. Je m'occupais de mes filles, j'allais au travail... Parfois, je me sentais un peu en dissociation avec la réalité, complètement extérieure à tout ce qui m'entourait. Cela ne durait que quelques minutes, mais c'étaient des instants de profonde mélancolie. J'arrivais à m'extraire de cet état en faisant quelque chose qui me faisait plaisir.

Ce n'est que quatre mois plus tard, lorsque Bruxelles a été frappée par des attentats, que j'ai ressenti le vrai contrecoup de ce qui m'était arrivé. J'ai revécu tous les événements du 13 novembre et je suis tombée dans un état dépressif. L' avenir m'apparaissait sans espoir. Moi qui suis d'une nature plutôt ouverte, encline à avoir confiance en l'Homme, j'avais perdu toutes mes convictions. Malgré tout, j'essayais de ne pas montrer mon désarroi à mes enfants et c'est ce qui m'a empêchée de me morfondre toute la journée et de sombrer totalement.

Bien sûr, mes amis et ma famille ont été à mes côtés, et leur présence a été inestimable dans ces moments-là, mais, surtout, je n'aurais jamais pu m'en sortir sans ma psychiatre. Son soutien chaque semaine m'a été indispensable pour rebondir après avoir vraiment touché le fond. Le fait d'avoir rejoint une association, Life for Paris*, m'a beaucoup apporté. Même si chaque personne a vécu l'après-13-Novembre différemment, cela me faisait du bien de pouvoir partager mon expérience avec des personnes qui avaient vécu la même chose que moi.

Mais le déclic qui m'a permis de vraiment laisser derrière moi mes idées noires, c'est un dessin que ma fille a fait juste après la tuerie d'Orlando, en juin [une fusillade dans une boîte de nuit fréquentée par des homosexuels a fait alors 50 morts et 53 blessés, ndlr ], qui représentait un personnage aux cheveux arc-en-ciel. Je me suis dit que l'espoir était en nos enfants. Que même si notre génération était capable du pire, les enfants d'aujourd'hui, qui ont vu et verront ce genre d'événements encore avec leurs yeux d'enfants, garderont cette innocence et cette insouciance. Petit à petit, j'ai remonté la pente.

« Je ne serai plus jamais la même, mais j'essaie de trouver des points positifs à cette expérience »

Un an après l'attentat du Bataclan, je vais mieux. Ce que j'ai vécu est en moi, et le sera toujours. Peut-être aussi que dans six mois, dans deux ans ou dans dix ans, tout va remonter à nouveau à la surface, comme ce fut le cas après les attentats de Bruxelles. Je ne serai plus jamais la même mais, malgré tout, j'essaie de trouver des points positifs à cette expérience. Et si j'ai appris une chose, c'est qu'il est important de continuer à vivre et à se faire plaisir.

Tout ce qui était déjà important pour moi l'est devenu encore plus ! Je suis beaucoup plus sensible au moindre détail qui peut me procurer du plaisir : écouter le bruit du vent dans les feuilles d'un arbre, sentir un parfum qui me rappelle un souvenir agréable, regarder mes filles dormir, déguster un excellent chocolat noir ou ouvrir une bouteille de champagne pour trinquer avec des amis... Juste parce qu'on a envie de célébrer la vie et le fait d'être ensemble. En fait, depuis un an, j'ai l'impression de réapprendre à vivre !

* Lifeforparis.org

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