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"Du jour au lendemain, ma vie au travail s'est transformée en cauchemar"

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Salariée modèle aux excellents résultats et aux appréciations favorables, Amélie a perdu pied dès qu'elle est devenue la cible de sa direction.

Pendant dix ans, je me suis totalement épanouie dans ma vie professionnelle. Je travaillais dans un organisme de formation pour adultes. J'ai toujours apprécié ce que je faisais, et je pense que je le faisais bien, puisque j'ai été promue au rang de manager en 2012. Je croyais avoir la confiance et la reconnaissance de la dirigeante de l'entreprise, jusqu'à mon retour de vacances l'été dernier.

« Elle a très bien su déceler mes "faiblesses" et taper pile là où ça fait mal. »

De façon indirecte, j'ai d'abord suspecté des changements dans l'entreprise, mais sans parvenir à déterminer de quel ordre. J'ai ainsi appris qu'un nouveau comité de direction avait été mis en place, et que des journées de séminaire avaient été planifiées, mais que je n'y étais pas conviée. Le même jour, la dirigeante de l'entreprise m'a demandé si nous pouvions déjeuner ensemble dix jours plus tard, ce qui était plutôt inhabituel. Mes soupçons se sont avérés exacts deux heures plus tard, lorsque j'ai découvert, par hasard, que je ne figurais pas dans le nouvel organigramme de l'entreprise !Face à toutes ces preuves, je n'ai pas voulu attendre dix jours pour avoir des éclaircissements. J'ai donc sollicité un entretien avec ma directrice. Je suis arrivée dans son bureau avec des questions, mais je n'ai reçu aucune réponse. Elle a été extrêmement manipulatrice et a totalement retourné la situation, me demandant où, dans l'entreprise, je pouvais apporter une valeur ajoutée. Comme si c'était à moi de trouver une solution à mon problème ! Je suis sortie de son bureau très déstabilisée. Le lendemain, j'ai demandé à voir une responsable des ressources humaines (RH) pour lui faire part de mon étonnement. Là encore, je me suis retrouvée face à une personne qui ne répondait à aucune de mes questions. Tout ce que j'ai appris, c'est que le service dont j'avais la charge allait disparaître ! En revanche, j'ignorais quelle allait être ma nouvelle affectation.Dix jours plus tard, le fameux déjeuner avec la dirigeante de l'entreprise a eu lieu. Une nouvelle fois, son discours a été orienté et très flou. Elle m'a posé des questions très pernicieuses, insinuant qu'il serait peut-être judicieux pour moi d'envisager une réorientation professionnelle. Elle a très bien su déceler mes « faiblesses » et taper pile là où ça fait mal. Je suis sortie de ce rendez-vous encore plus déstabilisée que lors de notre premier entretien, et pas du tout rassurée quant à mon avenir dans l'entreprise.

« Chaque matin, j'arrivais au bureau avec une boule au ventre. »

Les deux mois qui ont suivi ont été cauchemardesques pour moi. Les différents RH ne répondaient à aucune de mes sollicitations et le nouveau comité de direction se montrait distant et pas très agréable. Même des collègues avec qui je travaillais depuis des années s'éloignaient de moi, un peu comme si j'étais la brebis galeuse. Petit à petit, une sorte d'isolement s'est installé, rendant ma situation encore plus insupportable. Cela était accentué par un sentiment de trahison et une incompréhension totale. Chaque matin, j'arrivais au bureau avec une boule au ventre. J'étais très angoissée et je ne dormais plus. Tous ces symptômes ont conduit mon médecin à me prescrire un arrêt de travail de dix jours. A mon retour, j'ai croisé la dirigeante. Nous avons eu une discussion qui m'a fait réaliser que je n'allais pas bien du tout. A peine revenue, j'ai donc été de nouveau arrêtée pendant deux semaines. Ce temps hors de l'entreprise m'a permis de réfléchir à ma situation.J'ai envisagé toutes les hypothèses et j'en suis venue à la conclusion que je ne pouvais plus rester dans cette société. J'ai également pris le temps de consulter un avocat, qui m'a suggéré de demander une rupture conventionnelle de mon contrat. C'est ce que j'ai fait en retournant au bureau. Il a fallu négocier, mais j'ai finalement obtenu gain de cause. J'ai pris sur moi pendant quelques semaines encore et, enfin, j'ai pu quitter l'entreprise à la fin de l'année 2015. Ce fut un immense soulagement.«J'ai découvert alors, par hasard, que je ne figurais plus dans le nouvel organigramme de l'entreprise... »

« Pour la société qui m'a employée pendant dix ans, je n'étais rien. »

Il m'a tout de même fallu plusieurs mois pour parvenir à tourner la page. Au début, lorsque je consultais des offres d'emploi, la simple idée de poser ma candidature pour un poste me bloquait totalement. Le harcèlement moral que j'ai subi a contribué à un certain ras-le-bol du monde de l'entreprise. Sans doute parce que j'ai constaté que, pour la société qui m'a employée pendant dix années, je n'étais rien. Que j'ai fait les frais d'une stratégie mise en place sans qu'ils prennent en compte ce que je leur avais apporte. Quand je parle de mon expérience autour de moi, j'ai conscience que ce que j'ai vécu a finalement dure' peu de temps, alors que d'autres doivent endurer cette situation des mois, voire des années. A vrai dire, je suis tellement dégoûtée par le monde de l'entreprise que j'envisage sérieusement de m'installer à mon compte, même si je sais que ce n'est pas chose aisée.Et puis, si aujourd'hui je vais mieux, je ressens encore une forme de dévalorisation professionnelle à cause de ce que j'ai subi. Presqu'un an après, je ne peux pas dire que j'en suis sortie totalement indemne. Le coup de grâce : se voir mis à l'écart par des collègues avec qui l'on a parfois travaillé des années...Vincent Letamendia, juriste*

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