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Football : «Jessica, malvoyante, fan de foot et capitaine d'équipe!»

Plus que quelques jours avant la fin de l'Euro 2016. Un moment de vibration intense pour les mordus du ballon rond dont Jessica, 31 ans, née avec une déficience visuelle, et capitaine de l'unique équipe de cécifoot féminine en France.

Le football, je l'aime depuis que je suis toute petite. Sans doute parce que je suis de la génération Olive et Tom [dessin animé japonais diffusé à partir de 1988 sur la Cinq et narrant les aventures de deux jeunes garçons fans de foot. Ce programme a donné l'envie de pratiquer ce sport à beaucoup d'enfants, ndlr] ! D'ailleurs, j'ai toujours joué au foot avec ma sœur et mes cousins. A l'époque, j'aurais adoré intégrer une équipe féminine, au sein d'un club, mais malheureusement, je suis atteinte depuis ma naissance d'une déficience visuelle qui m'a privée de ce plaisir.

« Pendant des années, j'ai mis ma passion pour le football de côté à cause de mon handicap»

Je suis née avec une maladie rare qui a des conséquences sur certaines cellules de la rétine, notamment les cônes et les bâtonnets qui permettent de filtrer les rayons lumineux et de distinguer les couleurs. A cause de cette anomalie génétique, je suis photophobe, c'est-à-dire que je ne supporte pas les lumières trop vives. Or, à l'époque, la plupart des terrains d'entraînement n'étaient pas couverts de gazon, mais en stabilisé, un mélange de sable et de gravier très clair. Un ballon blanc sur un sol blanc et un soleil brillant en prime, cela rendait la pratique du football impossible pour moi. En plus, j'ai une très forte myopie qui altère davantage ma vision. Pendant des années, j'ai donc mis ma passion pour le football de côté jusqu'à ce que j'apprenne l'existence du cécifoot. Cette discipline s'apparente plus au football en salle qu'au football classique, parce que l'on joue en intérieur, sur un terrain de handball. De plus, une équipe n'est pas constituée de onze, mais de cinq joueurs : quatre joueurs de champ déficients visuels et un gardien de but voyant. Après, pour des raisons pratiques, on fait en sorte de choisir un ballon dont la couleur offre un réel contraste avec celle du sol pour mieux le voir, ainsi que des maillots aux couleurs facilement identifiables, comme du orange, du jaune fluo ou du blanc.

« J'ai créé la première et, à ce jour, unique équipe 100% féminine de cécifoot »

Moi, j'ai découvert le cécifoot en 2009, lors de ma dernière année d'études en kinésithérapie au Centre de formation et de rééducation professionnelle (CFRP) de l'AVH (association Valentin Haüy), spécialement adapté aux malvoyants et non-voyants. Pour décompresser, je voulais faire du sport en dehors de mes heures de cours. J'ai commencé à jouer au torball, un sport de ballon qui se pratique les yeux bandés et qui, contrairement au football, se joue à la main. Lors d'une compétition, j'ai rencontré Lawrence Del Pino, qui était alors sélectionneur de l'équipe de France masculine de cécifoot. Coup de chance, j'ai découvert qu'il était originaire des Bouches-du-Rhône, comme moi, et, en outre, président de l'AMIDV, l'Association méditerranéenne pour l'intégration des déficients visuels. Une fois mes études terminées, je suis retournée vivre vers Marseille et je l'ai recontacté. J'ai fait un premier déplacement avec l'équipe masculine de cécifoot entraînée par Lawrence en tant que kiné, mais cela n'a pas duré car je n'avais qu'une envie : jouer ! J'ai donc rejoint l'équipe des garçons, mais très vite, j'ai proposé à Lawrence de monter une équipe exclusivement féminine. J'ai convaincu mes copines de torball de me rejoindre, et c'est comme ça qu'est née la première et, à ce jour, unique équipe 100% féminine de cécifoot en 2011.

« Ce qui nous porte, c'est notre enthousiasme et notre esprit d'équipe »

Notre équipe réunit vraiment des profils très différents. Nous avons entre 20 et 35 ans. Certaines sont encore étudiantes, d'autres, kiné, comme moi, l'une d'entre nous est tapissière d'ameublement. Nous sommes toutes malvoyantes, sauf la gardienne de but. Bref, nous avons toutes un point commun : notre passion pour le football. Nous nous retrouvons une fois par semaine, le jeudi de 19h30 à 21heures, pour l'entraînement, ainsi que pour les tournois certains week-ends. Faute d'adversaires féminines, nous n'affrontons que des équipes masculines et, même si nous ne gagnons pas souvent, ce qui nous porte, c'est notre envie de jouer ensemble, notre enthousiasme et notre esprit d'équipe. Nous n'avons pas toutes le même niveau et, comme nous n'avons pas non plus toutes les mêmes déficiences visuelles, nous devons adapter notre jeu en permanence. Cela nous demande beaucoup d'énergie, mais comme nous avons envie de nous surpasser, tout se fait dans la bonne humeur et le plaisir. Et sur le terrain, même si les garçons nous sont supérieurs, on se bat comme des lionnes de la première à la dernière seconde.

« Mon objectif? Créer un championnat de cécifoot féminin »

Depuis quelques mois, j'ai réalisé un rêve d'enfant en intégrant une équipe de foot féminin, dont toutes les joueuses sont valides. Le but de ma démarche n'était pas de participer aux matchs, car c'est absolument impossible à cause de ma vue, mais simplement de m'intégrer à leurs entraînements. Avec mes nouvelles coéquipières, j'apprends plein de choses et je me sers de cette expérience avec mes copines du cécifoot. Grâce à cela, j'ai gagné en confiance. Je me sens plus solide, ce qui est très important puisque je suis la capitaine de mon équipe.

Mon objectif désormais, c'est de pouvoir créer un championnat de cécifoot féminin en France. Avec mes coéquipières et avec Lawrence, notre entraîneur, nous faisons tout pour prouver qu'il est possible de réunir des filles qui aiment le football, qui ont envie de pratiquer ce sport, et qui peuvent bien jouer malgré leur déficience visuelle, même si c'est difficile. Nous espérons servir d'exemple et que cela donnera l'envie à d'autres clubs d'ouvrir une section de cécifoot au féminin. Réaliser ce rêve-là aussi, ce serait extraordinaire !

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