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L'attentat de Nice, un an déjà

La mère de Hanane a été la première victime du camion fou

Le 14 juillet 2016, la ville de Nice bascule dans l'horreur. Au volant d'un camion, un homme sème la terreur sur la promenade des Anglais, parmi la foule venue admirer le feu d'artifice. Au terme de sa course folle, quatre-vingt-six victimes. Parmi elles, Fatima Charrihi, la mère de Hanane. Un an après, la jeune femme de 27 ans revient sur le drame et rend un vibrant hommage à sa mère.

En ce jour de fête nationale, le 14 juillet 2016, Hanane, comme des millions de Français, assiste au feu d'artifice, en compagnie de ses deux fils. Installés dans un parc de la banlieue parisienne, à proximité de leur domicile, tous trois ont les yeux levés vers les lumières qui explosent dans le ciel étoilé. Mais ce moment de joie est de courte durée. A peine le bouquet final tiré, un message posté sur les réseaux sociaux plonge la jeune maman dans l'angoisse : « Attentat sur la promenade des Anglais. Un camion bélier aurait fait plusieurs morts. » Niçoise d'origine, Hanane pense immédiatement à sa famille, notamment à sa grande sœur, Latifa, qui avait prévu de s'y rendre. Elle tente d'appeler cette dernière à maintes reprises, en vain. Soudain, après d'interminables minutes, le numéro de Latifa s'affiche sur le portable de Hanane. Au bout du fil, ce n'est pas sa sœur, mais Ali, son frère aîné. Des sanglots dans la voix, il lui répète : « Hanane, sois forte ! » La jeune femme imagine le pire pour sa sœur, mais Ali lui annonce une nouvelle tout aussi déchirante : « C'est pas Latifa, c'est maman ! »

Une nuit interminable commence

Sous le choc, Hanane raccroche au nez de son frère, le souffle coupé. Incapable de prononcer le moindre mot, elle éclate en sanglots. « Une douleur indicible, comme je n'en avais encore jamais connue auparavant, a éclaté dans ma poitrine. J'avais l'impression d'étouffer », se souvient Hanane. La nuit est interminable pour la jeune femme qui, bien que fatiguée, ne peut trouver le sommeil. Son téléphone n'arrête pas de sonner, tous ses amis lui demandant des nouvelles de ses proches. Elle ne décroche jamais, incapable de leur répondre. Une des rares personnes à qui elle accepte de parler au téléphone est sa sœur Latifa. C'est elle qui lui raconte comment leur mère a perdu la vie, fauchée par le camion fou.

Ce soir du 14 juillet, Ali, sa femme, Houria, leurs trois enfants et l'un de ses beaux-frères, Saïd, décident d'aller voir le feu d'artifice sur la promenade des Anglais, à Nice. Alors que les parents d'Ali avaient prévu de rester chez eux, ils se joignent à eux à la dernière minute. Les festivités terminées, Fatima demande à Ahmed, son mari, et à son fils, Ali, d'aller chercher la voiture. Resté avec les femmes, Saïd est le premier à voir le camion arriver. Il a juste le temps de crier : « Camion ! », avant de sauter sur la plage, avec l'une de ses nièces dans les bras. Le véhicule frôle Houria, mais il percute de plein fouet Fatima. Ali accourt pour tenter de réanimer sa mère, avant d'être relayé par les pompiers. En vain... Sa mère succombe. Quand les secours annoncent au père d'Ali qu'il n'y a plus d'espoir, il s'évanouit.

Malgré l'implacable évidence, Hanane garde un tout petit espoir, aussi infime que délirant, que tout le monde se soit trompé.

Des draps blancs sur la promenade des Anglais

Depuis que Hanane a appris la mort de sa mère, elle n'a qu'une obsession : prendre un avion et retrouver les siens. Grâce aux conseils d'une amie agent d'escale, la jeune femme parvient à trouver une place sur un vol, tôt le matin. Juste avant l'atterrissage à Nice, une image terrible lui glace le sang : par le hublot, elle aperçoit des dizaines et des dizaines de petites taches blanches, tout le long de la promenade des Anglais. Hanane comprend que ce sont autant de draps blancs recouvrant les corps des victimes et que, parmi elles, il y a sûrement sa mère. « J'ai tellement pleuré que tout l'avion m'a entendue », raconte la jeune femme.

Malgré l'implacable évidence, Hanane garde un tout petit espoir, aussi infime que délirant, que tout le monde se soit trompé. Que sa mère a évité le camion et qu'elle s'est peut-être réveillée amnésique. Que toute sa famille a vu une autre femme se faire renverser. Même lorsqu'elle est, enfin, autorisée à voir le corps de sa mère, cinq jours après l'attentat, elle scrute son ventre en espérant percevoir une respiration. Hélas, la réalité s'impose à elle, dure et brutale : sa mère est bel et bien morte.

Le 14 juillet doit rester un jour de fête

Hanane sait qu'elle ne se remettra jamais de la mort de sa mère, que son chagrin sera toujours en elle, mais elle a appris à vivre sans elle. Quant à Ahmed, son père, naguère si flamboyant, il n'est plus que l'ombre de lui-même, depuis qu'il a vu mourir sous ses yeux la femme de sa vie, son épouse depuis quarante ans.

Au-delà du deuil insupportable qui a frappé sa famille, une chose révolte Hanane : que l'assassin de sa mère se soit revendiqué de l'Etat islamique. « Je refuse de l'appeler comme ça. Je dis l'Etat terroriste, car pour moi, ce n'est pas ça, l'islam », s'insurge la jeune femme. Musulmane pratiquante, elle prône des valeurs de paix, de tolérance, de partage et de vivre-ensemble. Des valeurs à l'opposé de la vision de haine et de folie des terroristes. Hanane rappelle, d'ailleurs, qu'un tiers des quatre-vingt-six victimes de cet effroyable attentat était musulman. Profondément attachée à la France, la jeune femme souhaite de tout cœur que le 14 juillet demeure « un jour de fête nationale, et non de deuil amer. Une célébration de la liberté, de l'émancipation et de la démocratie ». Et la jeune femme de conclure : « Notre meilleure revanche sera que nos feux d'artifice fassent plus de bruit que leurs fusils. »

Le 15 juillet 2016, le lendemain de la tuerie, les Niçois, comme Hanane, sont venus en nombre se recueillir sur les lieux de la tragédie, face à l'azuréenne baie des Anges.

 

A lire

Ma mère patrie, de Hanane Charrihi et Elena Brunet, éd. de La Martinière, 12,90 €.

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