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La Fille de Brest, le combat d'Irène Frachon porté à l'écran

Image parue dans Nous Deux numero 3609

La Fille de Brest, en salle le 23 novembre, relate l'histoire d'Irène Frachon, la pneumologue qui découvre un lien direct entre des morts suspectes et la prise du Mediator, un médicament commercialisé depuis 30 ans. De l'isolement des débuts à l'explosion médiatique de l'affaire, le scénario est inspiré de la vie d'Irène Frachon et de sa bataille pour voir enfin triompher la vérité.

« Sur 5 millions de personnes qui ont pris du Mediator, 16 % ont un problème cardiaque grave. »

Nous Deux : Lorsqu'il a été commercialisé en France, en 1976, dans quels cas était prescrit le Mediator ?

Irène Frachon : Au départ, ce médicament était vendu comme un antidiabétique, et utilisé aussi dans les cas d'hyperlipidémie, c'est-à-dire chez les personnes qui ont trop de gras dans le sang. Mais à côté de ces indications officielles, le Mediator a été largement détourné de son usage pour être prescrit comme coupe-faim.

N.D : Quand sont apparus les premiers doutes sur son caractère potentiellement dangereux ?

I.F : Dès 1995, la Direction générale de la santé avait des doutes suffisamment importants pour interdire l'usage du benfluorex dans les préparations magistrales. Or, le benfluorex est le principe actif du Mediator. Ces soupçons ont été confirmés deux ans plus tard, lorsqu'un coupe-faim commercialisé par les laboratoires Servier, l'Isoméride, a été retiré du marché mondial après qu'il a été reconnu que ce médicament pouvait provoquer deux maladies : l'une, l'hypertension artérielle pulmonaire (HTAP), rare et très grave, puisque mortelle, attaque les poumons ; l'autre, la valvulopathie, atteint le cœur et peut également être fatale dans sa forme la plus sévère. Le Mediator est de la même famille que l'Isoméride et il a quasiment le même mécanisme d'action.

N.D : Comment expliquer que l'Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (Afssaps) ait attendu 2009 pour suspendre l'autorisation de mise sur le marché du Mediator ?

I.F : Les laboratoires Servier ont organisé une gigantesque tromperie. Lorsque l'Isoméride a été interdit, des instructions ont été données aux cadres de l'entreprise de tout faire pour que tout le monde croie que le Mediator et l'Isoméride étaient deux produits radicalement différents. Un seul et unique courrier a été alors envoyé à tous ceux qui demandaient des explications à Servier. C'est d'ailleurs cette lettre que j'ai reçue quand, en 2007, j'ai eu des doutes sur la toxicité du Mediator. J'ai bien failli tomber dans leur piège, mais j'ai pu avoir accès à plusieurs documents attestant qu'il y avait bien un lien entre l'Isoméride et le Mediator et qu'a priori, Servier mentait. A partir de là, j'ai entamé une véritable enquête scientifique qui a confirmé mes soupçons. En 2009, après deux ans d'investigation, j'ai pris conscience de l'ampleur de la tromperie. J'avais alors suffisamment d'informations à ma disposition pour exiger le retrait du Mediator.

N.D : Pourquoi avoir publié un livre en 2010, après cette décision de retrait ?

I.F : Pour deux raisons : d'une part, parce que j'étais révoltée face à l'attitude de Servier, responsable à mes yeux d'un véritable crime industriel, et d'autre part, parce que, lorsque l'Afssaps* a retiré le médicament, je m'attendais à ce qu'elle alerte suffisamment pour que les personnes ayant pris du Mediator fassent vérifier leurs valves cardiaques. Pourtant, elle a fait tout le contraire et n'a pas communiqué efficacement sur cette décision. Or, je savais qu'il y avait des victimes du Mediator partout en France, et que certaines allaient mourir sans rien savoir. C'était inacceptable. Comme j'avais toutes les preuves et que je savais que si je n'intervenais pas, rien n'allait bouger, je me suis dit que le mieux était de publier un livre relatant mon enquête. Grâce au soutien des médias, de médecins et d'hommes politiques qui ont relayé mon message, l'Afssaps a bien été obligée de reconnaître l'ampleur de la catastrophe et de compter les victimes : 5 millions de personnes ont pris du Mediator entre 1976 et 2009. Parmi elles, 16 % ont une valvulopathie, et une sur mille est un cas grave ! Ce chiffre terrifiant a permis au scandale d'éclater. Une instruction judiciaire a été ouverte et une enquête a été menée pendant cinq ans. Les multiples perquisitions, auditions et expertises scientifiques ont confirmé point par point la tromperie délibérée de la part de Servier et la catastrophe sanitaire.

N.D : Après toutes ces années, pourquoi continuez-vous le combat ?

I.F : Pour les victimes ! Mon objectif prioritaire a toujours été la reconnaissance et l'indemnisation des victimes de cet empoisonnement massif. C'est un combat qui remplit toute ma vie depuis six ans et je ne m'arrêterai que le jour où j'aurai atteint cet objectif.

* L'Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé est devenue en 2011 l'Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM).

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