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La précocité intellectuelle, cadeau ou fardeau ?

A l'âge de 15 ans, Tiana découvre qu'elle est une surdouée. Pourtant, bien loin du cliché du petit génie à qui tout réussit, cette intelligence brillante lui vaut une adolescence et une scolarité dévastées. Aujourd'hui, cette période est, heureusement pour la jeune femme de 20 ans, derrière elle.

Petite fille, Tiana n'avait pas la sensation d'être différente des autres, même si, aux dires de sa mère, un léger décalage par rapport aux enfants de son âge était visible depuis toujours. Sa maîtresse de CP, par exemple, avait confié à sa maman qu'elle la trouvait « déstabilisante », à la fois bavarde et brillante. Ce n'est qu'à partir du CM2 que la petite fille se rend compte qu'elle n'a ni les mêmes goûts, ni les mêmes passions, ni la même façon de jouer, de s'exprimer ou de réfléchir que ses petits camarades de classe. Si ce décalage ne lui porte pas préjudice à l'école primaire, au collège, en revanche, cette différence sur laquelle personne n'est encore capable de poser un nom ou un diagnostic va plonger Tiana dans un cauchemar : le harcèlement.

La cible de toutes les moqueries

A son arrivée en cinquième, Tiana réalise à quel point elle n'est pas « normale » par rapport aux élèves de sa classe : alors qu'elle aime Brassens et Chaplin, elle ignore quelles sont les vedettes du moment, ce qui fait beaucoup rire les autres. Les plaisanteries qui provoquent l'hilarité générale dans la cour du collège ne la font pas sourire. Alors, pour se fondre dans la masse, la gamine choisit de porter un masque pour se protéger. « J'ai ri à des blagues qui ne m'amusaient pas. J'ai parlé de stars que je ne connaissais pas. J'ai porté des vêtements qui ne me plaisaient pas », se souvient-elle. Au collège, Tiana tente de se fondre dans la masse, parle et s'habille comme les autres, mais cela ne marche pas... Mais elle ne peut pas contrôler ses moindres faits et gestes, brider sa nature profonde toute la journée. Moqueries, insultes, crachats, coups... Tiana devient la tête de Turc. Ces humiliations incessantes ne sont pas sans conséquence sur la santé de la collégienne. Déjà sujette aux crises d'angoisse et aux terreurs nocturnes, elle voit leur fréquence augmenter, jusqu'à devenir quotidiennes. Elle commence à souffrir de saignements de nez qui se déclenchent en classe et ne s'arrêtent que lorsqu'elle rentre chez elle.

Sa souffrance est telle que Tiana se scarifie et nourrit des pensées suicidaires. Même un changement d'établissement ne parvient pas à apaiser la jeune fille, qui a développé une importante phobie scolaire. Bien sûr, Tiana et sa mère ont consulté plusieurs psychologues, mais pour eux, elle n'a aucun problème. Jusqu'au jour où, enfin, un psychiatre annonce à sa maman : « Votre fille va mal, elle a besoin d'aide ! », et la fait hospitaliser.

Soulagée de savoir qu'elle n'est pas schizophrène

Après le harcèlement qu'elle subit au collège, son séjour à l'hôpital psychiatrique est presque un soulagement pour Tiana. « J'avais passé des années à être rejetée par les enfants de mon âge, et là je découvrais un endroit où tout le monde avait déjà souffert. Beaucoup avaient, comme moi, peur de l'école et de la foule », raconte-t-elle aujourd'hui. Malheureusement, si elle se sent très bien dans ce lieu où elle se fait de nombreux amis, elle est transférée dans un autre hôpital au bout de quelques mois. Là, l'atmosphère n'est plus la même : les aides-soignants sont agressifs, les patients aussi. Pire, Tiana y est traitée pour schizophrénie. Bourrée de médicaments, elle se mutile tous les jours. Une crise d'angoisse encore plus violente que d'habitude fait qu'elle décide de quitter cet établissement. Elle passe l'année suivante enfermée chez elle. Alors que Tiana désespère de trouver sa place dans le monde « normal », une amie de sa mère intervient. Elle vient de lire un ouvrage sur les enfants surdoués et trouve que leurs profils correspondent parfaitement à la jeune fille. Orientée vers un centre de consultations spécialisé, Tiana passe un test de QI (quotient intellectuel) qui confirme sa précocité. Une révélation, mieux, un soulagement ! Après plusieurs années de non- diagnostic, de traitements et d'hospitalisations, l'adolescente de 15 ans met un mot sur l'origine de son mal-être. Suite à ce test, elle intègre l'association Zébra*, un lieu pour enfants surdoués ayant quitté, en partie ou totalement, le milieu scolaire. Au départ, Tiana peine à croire que cet environnement nouveau l'aide à aller mieux : « Ce n'était qu'une nouvelle expérience, une nouvelle tentative désespérée. » Mais peu à peu, elle apprécie l'endroit. Entourée de jeunes qui ne la rejettent pas à cause de sa différence, elle a, pour la première fois de sa vie, la sensation d'appartenir à un groupe. Au fil des mois, les scarifications et les crises d'angoisse s'espacent, puis disparaissent. Mais surtout, ce passage au sein de l'association lui redonne envie d'envisager le futur avec plus de sérénité. « Après deux ans chez Zébra, je voulais vivre et avoir un avenir », se souvient Tiana.

A 20 ans, elle a « les projets d'une fille normale »

Aujourd'hui, Tiana va très bien. Après avoir envisagé un temps de devenir fleuriste, elle se consacre pleinement à un projet qui lui tient à cœur : ouvrir, avec sa meilleure amie, un café-manga. Un genre dont elles sont toutes les deux très fans. Et si elle espère réussir à monter sa petite entreprise, elle compte aussi passer son permis de conduire et, à terme, quitter le domicile parental pour avoir son propre appartement et prendre son indépendance. « Les projets d'une fille normale de 20 ans ! », s'exclame Tiana, qui enfonce le clou en concluant : « Je suis surdouée, mais je ne suis pas une extraterrestre ! »

*L'association Zébra est la seule structure de ce type en France. Plus d'infos sur Associationzebra.fr

A lire : Je suis un zèbre, de Tiana, éd. Payot, 16 €.

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