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Les troubles obsessionnels du comportements, une vrai maladie

Edouard s'habille tous les jours de la même manière : pantalon, chemise en jean et baskets blanches...

A 69 ans, Edouard Moradpour est un original...et il l'assume totalement. Alors que son quotidien est régi par une trentaine de manies insolites, il préfère en rire, pour ne pas se laisser gâcher la vie par elles.

Si Edouard aime beaucoup Comme d'habitude, de Claude François, ce n'est pas seulement parce que c'est une belle chanson, mais aussi parce que son titre résonne en lui de façon particulière. Derrière son sourire et ses yeux malicieux, ce solide gaillard cache en effet de grandes angoisses, une peur de manquer et une « phobie du changement » que seules des habitudes bien ancrées parviennent à apaiser. A tel point qu'Edouard a développé au fil des années tout un tas de troubles obsessionnels compulsifs (TOC) surprenants, comme autant de stratagèmes rassurants.

Il ne jette rien par peur de manquer

Alors qu'il n'avait que 4 ou 5 ans, lorsque sa mère lui servait l'un de ses plats préférés, il demandait systématiquement : « Il y en a encore à la cuisine ? » Quelques années plus tard, il pouvait passer un temps infini dans sa chambre à compter et recompter les pièces de sa tirelire. Pour lui, ces deux comportements infantiles sont les précurseurs de ses futurs TOC, ils trahissaient déjà sa peur de manquer et sa manie de tout répéter encore et encore. Les années passant, d'autres obsessions sont apparues. « Les TOC, c'est comme des arbres : ils poussent, donnent des branches, des fleurs et vous envahissent » , explique Edouard.

Pour conjurer sa peur du manque, il accumule, empile et stocke, sans jamais rien jeter. Ainsi, il a amassé plus de trois cents sacs en plastique et cinquante-six jolies boîtes vides de chocolat qu'il conserve précieusement, parce que « tout peut servir ! » Dans le même ordre idée, comme « il faut qu'il y ait beaucoup de tout » chez lui, Edouard ne possède pas moins de dix-huit parapluies, alors qu'il utilise toujours le même. Il a également acheté six magnétoscopes quand il a pressenti que les lecteurs DVD allaient les supplanter, pour continuer à visionner ses quatre cents cassettes vidéo. Il possède aussi cinq exemplaires du même téléphone portable, « des mobiles préhistoriques » , s'amuse-t-il, et onze batteries de rechange pour être certain de pouvoir utiliser le même modèle jusqu'à la fin de ses jours. Quant à son frigo, il est rempli de choses qu'il ne consomme même pas. Fenouils frais, yaourts à la grecque, œufs ou sachets d'emmental râpé, chaque aliment a sa place déterminée une fois pour toutes. Ce qu'il mange, il le remplace immédiatement. Quant aux « doublons », ils font le bonheur de sa femme de ménage ! Sa cuisine tient de la supérette tant les armoires et les étagères sont pleines de denrées.

Chez lui, rien n'a bougé depuis quarante-deux ans

« Le changement, c'est jamais ! » Telle est la devise d'Edouard qui s'accroche à ses habitudes comme une moule à un rocher. Le sexagénaire a mis en place des rituels pour ne pas avoir à faire de choix, qui sont autant de sources d'angoisse pour lui. Ainsi, il s'habille de la même manière tous les jours de l'année : pantalon et chemise en jean bleu, baskets blanches et petit blouson noir. En hiver, il ajoute une doudoune et une écharpe. A table, il s'épargne toute réflexion quant à son menu, puisque les soirs où il dîne seul chez lui, il mange la même chose : poulet, quinoa, ratatouille et soupe de légumes. « Pourquoi changer puisque ça me plaît ? » , demande-t-il avec un brin de malice. Et quand il décide de dîner dehors, Edouard pioche dans sa liste de restaurants préférés où il a, pour chacun, sa place attitrée et son plat fétiche.

Cette peur du changement est aussi flagrante chez lui, où rien n'a bougé depuis quarante-deux ans : dans son appartement, la déco, les meubles, les appareils électro ménagers sont les mêmes que le jour où il a emménagé. Chaque chose y a sa place, au millimètre près et une fois pour toutes ! « Mon appartement, c'est mon cocon où je viens me ressourcer , m'apaiser et prendre de l'énergie grâce à mes TOC » , confie Edouard.

Heureusement, il en parle avec autodérision

Loin de lui gâcher la vie, ses TOC sont devenus des rituels nécessaires à son bien-être. Edouard a d'ailleurs opéré un tri dans ses TOC, éliminant ceux qui lui empoisonnaient l'existence. « A une époque, je vérifiais cinquante fois que ma porte d'entrée était fermée. Ça me prenait un temps fou et c'était inutile. Un jour, j'en ai eu marre et je me suis fixé pour objectif de réduire ce nombre. D'abord à quarante, puis à trente, à vingt, à dix, jusqu'à une seule fois ! » , détaille-t-il. En fait, il n'a conservé que les TOC qui « l'arrangent ». « Ils sont devenus mes compagnons de tous les jours. Je n e suis pas esclave de mes TOC, ce sont eux qui sont esclaves de moi, puisqu'ils sont à mon service pour me rassurer » , affirme-t-il, ajoutant que ça n'a été possible que parce qu'il a été capable de faire preuve d'humour et d'en parler avec autodérision. Sa seule limite ? Que ses manies ne dérangent personne ! Heureusement, ses amis l'acceptent tel qu'il est, comme sa compagne ! Mais, si un jour, elle ne les supportait plus, Edouard serait prêt à s'en débarrasser. Pour la garder, elle. « Je pourrais éliminer mes TOC, car l'amour est plus fort que tout », conclut-il.

A lire

Moi, Edouard, vieux garçon, maniaque et fier de l'être !, d'Edouard Moradpour, éd. Michalon, 15 €.

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