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Simone Veil, l'histoire d'une femme exceptionnelle

Elle ne s'est jamais qualifiée de "féministe". Ce qu'elle voulait, c'était en finir avec les injustices

Charismatique et populaire, Simone Veil s'est éteinte vendredi 30 juin 2017.Rescapée d'Auschwitz, elle s'est engagée toute sa vie dans les causes emblématiques de son époque. A 89 ans, elle était la personnalité qui valorisait le plus l'image des plus de 55 ans, selon un  sondage*. Sa vie et ses combats, dont celui en faveur de l'IVG, resteront le symbole de la force et du courage.

Son chemisier col cravate, son chignon impeccable, son collier de perles, son port de tête parfait, son discours poignant à la tribune de l'Assemblée nationale en novembre 1974... Nous nous souviendrons toujours de ces images. Elles font partie de notre histoire. Simone Veil, alors âgée de 46 ans, s'exprimait d'une voix claire : « Monsieur le Président, [... ] si j'interviens aujourd'hui à cette tribune, [... ] pour proposer aux élus de la nation une profonde modification de la législation sur l'avortement, croyez bien que c'est avec un profond sentiment d'humilité devant la difficulté du problème, [...] et en pleine conscience des responsabilités que nous allons assumer ensemble [...] . »

Simone Veil venait de traverser des semaines difficiles, elle avait même dû essayer de convaincre les députés de son propre camp ! Elle a subi des attaques antisémites, misogynes, violentes et cruelles. Des individus ont tagué des croix gammées sur la porte de son immeuble et des lettres d'insultes se sont accumulées sur son bureau. Mais elle savait qu'elle avait une mission. Elle a tenu la barre.

Une vie passée au service de l'Etat

Nommée ministre de la Santé en mai 1974, elle était là pour faire passer la loi légalisant l'avortement, une priorité du président Valéry Giscard d'Estaing. « C'était mon devoir, et je devais l'accomplir, j'étais au service de la nation », nous avait-t-elle confié, lors d'un entretien accordé pour la rédaction du livre Simone Veil, non aux avortements clandestins** . Et quand on a interrogé cette femme de conviction sur les « combats » qu'elle a mené, elle a répondu qu'elle n'aimait pas ce mot. Elle ne s'est jamais qualifiée de « féministe ». Ce qu'elle voulait, c'était en finir avec les injustices : dans les années 70, 200 000 avortements clandestins avaient lieu chaque année en France !

Avant d'être nommée ministre de la Santé, elle travaillait depuis dix-sept ans au gouvernement, au ministère de la Justice, dans les cabinets ministériels et au service pénitentiaire. De 1979 à 1993, elle est élue députée européenne pour la liste centriste « Union pour la France en Europe » et elle est la première femme à présider le Parlement européen de 1979 à 1982. La reconnaissance ? Elle s'en moquait un peu. Elle en était auréolée pourtant, recevant de nombreuses médailles pour la paix, la justice et la mémoire. En 2008, elle est élue à l'Académie française au fauteuil de Pierre Messmer. Deux ans plus tard, elle entre sous la Coupole. « Ce qui vous a sauvée du désespoir , c'est le courage, l'intelligence, la force de caractère et d'âme », dit alors l'écrivain Jean d'Ormesson pour saluer son arrivée. Il poursuit : « Vous êtes la tradition même et la modernité incarnée. Je vous regarde, Madame : vous me faites penser à ces grandes dames d'autrefois dont la dignité et l'allure imposaient le respect. Et puis, je considère votre parcours et je vous vois comme une de ce figures de proue en avance sur l'Histoire».

Les souffrances ont forgé son caractère

La vie a été dure avec celle qui se nommait Simone Jacob avant son mariage. Née à Nice le 13 juillet 1927, elle avait deux sœurs et un frère. La jeune Simone est adolescente lorsqu'en 1944, elle est déportée. Marceline Loridan-Ivens, célèbre cinéaste, était avec elle au camp de Birkenau. « Il y a eu des moments terribles dans le camp, nous raconte la réalisatrice, et une solidarité importante. Simone faisait partie des filles sur lesquelles je pouvais compter. » Celle qu'elle nommait sa « complice » relate l'effroi et l'horrible douleur de Simone au camp, le décès de sa maman, du typhus. Seules Simone et sa sœur Madeleine rentreront. Le reste de la famille y restera... Mais le malheur ne s'arrête pas là. Quelques années plus tard, un accident de la route lui arrache sa sœur, puis c'est l'un de ses trois fils qui décède en 2013. « Elle ne flanche pas parce qu'elle est solide », nous livrait Marceline Loridan-Ivens. Sans doute ce qui fascine les Français : cette femme «solide » qui a porté la voix des femmes, seule devant un parterre d'hommes.

*Baromètre Cogedim club, TNS Sofres, avril 2016.

**de Maria Poblete, éd. Actes Sud junior , 8 €.

6 étapes de sa vie

23 mai 1945 : elle revient des camps de la mort.

1945 : elle étudie le droit et se consacre à la magistrature.

1974 : elle devient ministre de la Santé et fait voter la loi sur l'avortement qui porte son nom.

1979 : elle est la première femme présidente du Parlement européen (cet organe régit les lois de l'Union européenne).

2010 : elle entre à l'Académie française.

30 juin 2017 : elle décède, à quelques jours de son 90ème anniversaire.

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