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Survivre après un traumatisme

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Un accident de la route, un attentat, un viol, un enfant disparu ou une longue maladie... Parfois, la vie nous met face à l'innommable. Plus rien ne sera comme avant. Comment ne pas être fauché par ces « tempêtes intimes » ? Comment se reconstruire et renaître ?

ILS ONT SOUFFERT... ET SE SONT RELEVÉS

En psychologie, on appelle « résilience » le fait de sortir plus solide de la pire des épreuves et de faire de l'or avec ses propres malheurs. Le neuropsychiatre Boris Cyrulnik est le premier à avoir introduit cette notion en France, en 1999. Si, de l'avis des psychologues, ceux qui ont une bonne dose de « sécurité intérieure » (ils ont une telle confiance en eux qu'ils ont le sentiment d'être physiquement solides), acquise pendant l'enfance, s'en sortent mieux, nous sommes tous capables de faire face. « L'idée erronée qui circule en ce moment est qu'il y aurait des individus résilients, et d'autres non », dénonce Jacques Lecomte* , spécialiste de la psychologie positive. « Or, chacun a son propre chemin pour se reconstruire. Certains ont besoin d'une phase plus longue. Il ne faut pas dire : " Elle ne s'en sort pas ", mais : " Elle ne s'en est pas encore sortie. " Aujourd'hui, on voudrait se relever d'une épreuve d'un claquement de doigts. Mais ça peut être long ! Comme le kint-sugi, l'art japonais de réparer les céramiques brisées avec des filaments d'or, nos trois témoins ont vu leur vie bouleversée... mais en sont ressortis plus forts. »

*Il a préfacé le livre de Claire Aubé, Se relever après une épreuve, Douze histoires vraies de résilience et d'espoir (éd. Leduc.s, 16 €).

Guillaume Musso

Rescapé d'un grave accident, il se consacre à l'écriture... Et c'est la gloire !

A 23 ans, Guillaume Musso rêve d'écrire, mais il laisse passer le temps. Professeur de sciences économiques et sociales dans un lycée de Montpellier, il est alors amoureux d'une jeune femme qui habite à Nice, à trois cents kilomètres de chez lui. « Cette année-là, j'ai multiplié les allers et retours en voiture, sans tenir compte de ma fatigue. Un soir, je décide tout simplement de lui rendre visite par surprise. C'est en rentrant que, fatigué par le trajet, je m'endors sur l'autoroute », raconte le romancier. Bilan : la voiture fait une bonne dizaine de tonneaux, percute la barrière de sécurité et se transforme en « compression du sculpteur César ». Quant à lui, il s'en tire « miraculeusement », selon ses propres termes. L'écrivain ajoute : « En voyant l'état de la voiture, les pompiers m'ont confirmé que j'avais eu une sacrée chance. » En revanche, psychologiquement, il a plus de mal à s'en remettre. « Je n'avais jamais pensé à la mort. En une seconde, j'ai réalisé que la vie était fragile ! » Rapidement, il décide qu'il y a urgence à se consacrer à sa priorité : l'écriture. « J'ai immédiatement bâti l'histoire de mon roman Et après...» Le récit d'un petit garçon qui échappe de peu à une noyade. Ce premier livre, publié en 2004, s'est vendu à plus de trois millions d'exemplaires dans le monde et a été traduit dans une vingtaine de langues. L'écrivain change aussi de rythme. Devenu contemplatif, il savoure la vie au jour le jour. « Parfois, il m'arrive d'oublier. Je me remets à courir, et le flash de l'accident me revient en mémoire. Et je me gronde : "Tu sais bien qu'il faut en profiter! "»

Qu'en pense le psy ?« C'est une réaction classique de celui qui a frôlé la mort, que ce soit par la maladie grave ou l'accident. Nous passons notre vie à nous croire immortels et nous réalisons soudain la brièveté de la vie. L'accident intervient comme un électrochoc qui nous pousse à rehiérarchiser nos priorités et à donner un sens à notre vie. L'urgence est là. L'écriture, la lecture, la créativité, en général, sont très importants chez les résilients. Le recours à l'imaginaire permet de mieux supporter la violence du réel. C'est aussi une thérapie. »

Corneille

Après le massacre de sa famille, il se reconstruit grâce à l'amour de Sofia

A 16 ans, le jeune Rwandais assiste au massacre de sa famille, pendant le conflit qui déchire son pays en 1994. Réfugié en Allemagne, puis au Canada, au Québec, il devient chanteur à succès. Et ne parle à personne de son traumatisme. « Dans la culture rwandaise, les états d'âme, on les garde pour soi », confie l'interprète de Parce qu'on vient de loin. Il se réfugie totalement dans la musique, sa « bulle », pour tenir le réel à distance. Et puis, un jour, il rencontre la femme de sa vie, Sofia. « Elle m'a ouvert les yeux, confesse-t-il. Et m'a fait comprendre que j'étais dans le déni. » Chez un psychologue, Corneille se met à parler. Soudain, l'horreur revient en flèche. « Moi qui n'avais jamais versé une larme, j'ai beaucoup pleuré et je suis maintenant en chemin vers la réparation. C'est l'amour de Sofia qui m'a permis de faire face à mon traumatisme. Et de devenir plus fort.»

Qu'en pense le psy ?« Le soi-disant "déni" est, en réalité, une phase de silence souvent indispensable pour se protéger. Jadis, les victimes devaient se taire absolument ; aujourd'hui, elles doivent parler le plus rapidement possible, et ça n'est pas forcément bénéfique ! Corneille était dans une attitude de survie : il s'est entouré de musique, seul langage possible avant de pouvoir se permettre de parler. Paradoxalement, en acceptant sa vulnérabilité, il a gagné en force. C'est un très beau chemin de résilience en deux actes. »

Aurélie Silvestre

Son mari tombe au Bataclan, elle se raccroche à ses deux enfants

En novembre 2015, Aurélie est heureuse. Maman d'un petit Gary de 2 ans, enceinte de cinq mois d'une fille, elle est toujours aussi amoureuse de l'homme de sa vie, Matthieu Giroud, professeur de géographie. Et puis survient le 13 novembre. Matthieu assiste au concert des Eagles of Death Metal, au Bataclan. A 21 h 46, quelques secondes avant l'attentat, il lui envoie ce texto : « Ça, c'est du rock'n roll. » Après la fusillade, Aurélie espère. « A 5 heures du matin, mon père m'a appelée : "Matthieu est mort." » Depuis ce jour, Aurélie tente de survivre. Son sourire force le respect. « Je ne suis pas courageuse, prétend-elle. J'ai deux enfants qui me poussent à aller de l'avant. » Parfois, le désespoir revient. « Je l'accueille, je pleure un bon coup, j'engueule Matthieu: "Qu'est-ce que tu fais là- haut?" Mais je n'ai jamais éprouvé de haine ou de colère. Je n'ai pas de place pour ça. »

Qu'en pense le psy ?« Cette attitude, qui nous semble paradoxale (ignorer la haine quand on a été si violemment attaqué), est très fréquente chez les victimes. Elles comprennent que la haine serait destructrice, qu'elle leur ferait plus de mal que de bien. Elles ont raison : leur équilibre psychologique est meilleur, elles sont plus sereines. Les enfants de Matthieu ont poussé leur mère en avant. Une de mes patientes avait perdu son mari d'un suicide, le père de sa fille de 5 ans. Désespérée, elle m'a dit que la phrase qui l'avait sortie du marasme était celle de sa fillette : "Maman, j'ai faim." C'est le choc du réel, l'obligation de faire face. »

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