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Une bonne colère, ça peut faire du bien !

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Patron tyrannique, enfants insupportables, conjoint exigeant, parents envahissants... il y a de quoi exploser ! Au fait, pourquoi se retenir ? Selon Corinne Van Loey, psychothérapeute et hypnothérapeute*, la colère n'est pas si mauvaise conseillère !

C 'est bon, tu vas mieux, tu t'es calmée ? » Quand on a piqué une colère, on s'attire au mieux des réflexions condescendantes... On a cédé à un moment d'égarement, une folie passagère, qu'il faut étouffer. Dès l'enfance, elle est sanctionnée, c'est une émotion interdite.

Mais interdite à quel prix ? En la refoulant, on crée un sentiment de frustration, d'humiliation, de culpabilité. Et le risque, c'est que ces colères bâillonnées engendrent de la violence. Violence contre soi-même ou contre les autres. Stop ! disent maintenant les psychologues. La colère est une émotion, au même titre que la peur, la tristesse ou la joie, il faut la laisser s'exprimer tout au long de la vie.

Corinne Van Loey, psychothérapeute et hypnothérapeute, prévient : « La morale nous prescrit ce que nous devrions faire et ce qui nous est interdit, elle ne doit pas nous prescrire ce que nous devons ressentir. » La colère survient face à une situation vécue comme injuste ou insupportable. Alors, si on la bride, comment crever l'abcès, rétablir l'équilibre, comprendre les autres et se faire comprendre ?

Les frustrations de l'enfance peuvent marquer à vie

Nathalie a réprimé sa rage pendant quarante ans. Depuis le jour où, alors qu'elle n'était qu'une gamine de 12 ans, son prof de maths a lâché un définitif « Tu es nulle, mais gentille ! »

Elle a vécu repliée sur elle-même, n'a jamais exprimé son point de vue de peur qu'un jugement tombe, tout aussi catégorique et destructeur. A la cinquantaine, enfin, Nathalie finira par se lâcher devant un psy, exprimant son sentiment d'injustice, l'humiliation, l'impossibilité de se révolter contre le prof... et l'envie folle de lui mettre un coup-de-poing !

« Nathalie a fait un grand pas en identifiant son traumatisme, décrypte Corinne Van Loey. Mais le plus difficile, c'est de reconnaître les conséquences de cet événement sur son quotidien, sur l'adulte qu'elle est devenue. » Et surtout d'accepter de remettre en cause la pseudo-infaillibilité des éducateurs. La colère étouffée des enfants ne s'évanouit pas, elle se change en une haine de soi plus ou moins consciente, ou se dirige vers les autres. Un enfant qui subit une injustice, il faut qu'il puisse se révolter, crier sa colère.

Un moyen de rétablir des rapports familiaux

Marie, elle, n'a cessé, pendant vingt ans, de trouver des excuses à sa mère, violente psychologiquement et physiquement. Vingt années pendant lesquelles elle ne s'alimentait plus ou se faisait vomir. Dans la tête de Marie, il n'y avait pas de doute, sa maman avait raison de ne pas l'aimer, la coupable, c'était donc forcément elle. Aujourd'hui, la jeune femme a fait le lien entre ces maltraitances, qu'elle a supportées sans rien dire, et son refus de s'alimenter. Et admis d'être à la fois en colère contre sa mère, tout en continuant à l'aimer, pour sortir de son anorexie. Pour Corinne Van Loey, le « sentiment libéré » a permis à Marie « de se mettre en mouvement, de réagir ». La colère est donc un sentiment positif.

« En signifiant une bonne fois pour toutes qu'elle n'avait pas à accepter ces brutalités, analyse la psychothérapeuthe, Marie a repris la main. Elle a identifié l'unique coupable et retrouvé la capacité de s'indigner du mal qui lui a été fait. »

De l'importance de prendre du recul

Il y a colère et colère. Evelyne, elle, déchargeait la sienne sur ses enfants. Une vilaine colère, faite d'impuissance et de frustration, chargée de haine et de rage. Elle ne maîtrisait rien, incapable de savoir d'où venait sa colère, et même ce qui pouvait justifier cet état colérique.

Evelyne sait maintenant que sa colère peut être légitime. Mais pas sous cette forme, mais pas contre ces cibles. Maintenant, Evelyne l'accepte, mais ne lui cède pas. Quand elle la sent monter, elle se demande aussitôt si elle est sûre que c'est bien contre ses enfants qu'elle doit hurler. Cette question l'aide à prendre du recul.

« Une fois qu'on a admis que sa colère détient une forme de légitimité, explique Corinne Van Loey, on est capable de prendre un peu de recul lorsqu'on la sent monter. »

La rébellion permet aussi d'obtenir gain de cause

Isabelle, elle, ne s'est pas trompée de cible. C'est bien après son patron, qui n'avait pas tenu sa promesse de l'augmenter, qu'elle s'est fâchée. Et après-coup, elle s'est dit qu'elle a eu raison ! Car elle a eu son augmentation et, bizarrement, a été traitée avec nettement plus de respect depuis cet épisode... « La colère peut changer le cours des choses, affirme Corinne Van Loey. En faisant remarquer à son patron qu'il n'avait pas tenu sa parole, en affichant son émotion, Isabelle a montré qu'elle était capable de choisir. Celui qui ne peut manifester sa colère risque, plutôt que de dire son insatisfaction, de ruminer amertume, aigreur, rancune. En cas d'injustice ou d'offense, la colère va restaurer notre intégrité, notre estime de soi. Elle permet de signifier les limites de l'acceptable. »

Se fâcher pour ouvrir la discussion

Avec son premier mari, Adèle ne s'est jamais mise en colère. Et pourtant, les sujets de conflit ne manquaient pas. Mais elle avait peur des affrontements et des réactions de son conjoint. Quinze ans après leur séparation, elle s'est débarrassée d'une passivité qui ne lui valu qu'amertume, rancœur et ressentiment... Aujourd'hui, quand elle sent que la coupe est pleine, elle ne gêne pas pour dire à son nouveau mari ce qu'elle a sur le cœur. Et elle a dans la voix une force qui la rend très... convaincante. Adèle précise que son mari peut lui aussi piquer une « sainte colère ». Ça leur fait du bien à tous les deux ! « Laisser exprimer son émotion permet d'ouvrir la discussion, explique la psy, de mettre les choses à plat. Une façon de dire : "Je me suis mise en colère parce que, de manière générale, tu ne fais pas attention"... » Et tout cela n'empêche ni le respect ni l'amour. Au contraire.

* Et auteure d' Osez la colère qui guérit, éd. Dangles, 18 €.

 

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