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Deuil : comment survivre à la mort de son enfant

Rien n'est plus terrible que de perdre son enfant. Reprendre le cours de sa vie après la mort de son fils ou de sa fille est toujours une épreuve difficile à surmonter. Pourtant, même si cela semble insurmontable au début, le deuil est un processus nécessaire, vital même. Le Dr Christophe Fauré, psychiatre spécialiste du deuil, vous livre ses précieux conseils pour traverser ces douloureux moments.

En tant que psychiatre, comment définissez-vous le deuil ?

C'est un processus naturel et nécessaire de cicatrisation intérieure après la perte d'un proche. On peut d'ailleurs faire un parallèle avec une blessure physique : la cicatrisation est un mécanisme qui se met en place pour protéger notre corps et faire en sorte qu'une plaie béante ne devienne pas une porte d'entrée pour des infections dangereuses pour notre santé. Lorsque l'on perd un proche, la blessure est affective et le processus de deuil permet de refermer cette "plaie psychologique". Sans ce phénomène naturel, elle resterait ouverte et nous mettrait en danger psychiquement.

Le chemin du deuil ne veut absolument pas dire que l'on tourne la page, que l'on passe à autre chose, bien au contraire ! L'idée reçue selon laquelle le deuil égale l'oubli est absolument fausse. Cette blessure laissera toujours une cicatrice, mais le chemin du deuil crée les conditions pour garder ancrée en soi la personne que l'on a perdue tout en continuant à réinvestir sa vie dans tous les domaines : affectif, amical, professionnel... C'est pour cela que je n'emploie jamais l'expression "faire son deuil" parce qu'elle suppose que quelque chose s'achève à un moment donné. Or, cela ne se termine jamais : le parent va être transformé à tout jamais par la perte de son enfant. On devrait éliminer cette malheureuse expression de notre langage et dire plutôt "traverser le deuil".

Combien de temps prend cette traversée ?

Tout dépend du lien avec la personne disparue, mais c'est toujours en termes d'années, jamais en quelques mois. Pour un parent, le gros de la peine peut s'étaler sur trois ou quatre ans, parfois plus. Cela ne veut pas dire que la peine s'arrête, mais que l'on apprend à vivre avec. Elle devient moins intense au fil des années, mais elle ne s'éteint jamais. Après quelques années, des parents peuvent dire : "Mon enfant me manque toujours, cruellement, jour après jour, mais je sais que le plus gros de ma peine est derrière moi et que la souffrance n'est plus aussi gigantesque qu'au début." Cet apaisement est le résultat du chemin de deuil, même si, encore une fois, le manque durera toujours.

Un père et une mère vivent-ils le deuil de la même manière ?

Non, car le chemin de deuil dépend du lien émotionnel spécifique que l'on avait avec la personne perdue. Le rapport d'intimité entre un enfant et son père est différent de celui qui relie une mère à son enfant. Comme c'est la rupture de ce lien émotionnel qui détermine le vécu du deuil, chacun le vit différemment. Plus généralement, un homme et une femme ne vivent pas le deuil de la même façon. L'homme est beaucoup plus dans l'intériorité et moins dans la parole. La mère est plus dans le partage des émotions, elle veut parler encore et encore, alors que le père restera silencieux. Un père peut aussi être plus dans l'action. Chacun fait son chemin à sa façon.

Quels conseils donnez-vous à des personnes qui affrontent une telle épreuve ?

Tout d'abord, il est important d'instaurer un lien de qualité et de confiance avec l'équipe soignante, dans la mesure du possible. Il ne faut pas hésiter à solliciter de l'aide auprès de ses proches, car le soutien de l'entourage, qu'il soit moral ou logistique, est essentiel dans ces moments-là. Une personne qui aide à garder les enfants ou qui propose d'aller faire les courses, par exemple, est tout aussi précieuse qu'une autre présente pour vous écouter. Enfin, un accompagnement psychologique peut également participer à ce processus de deuil.

*et auteur de Vivre le deuil au jour le jour, Ed. Albin Michel, 19€.

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