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Hommage à Guy Béart : la poésie à la française

Il y a quelques jours, le 16 septembre 2015, Guy Béart s’est éteint à Garches, ville où il vivait, victime d’une crise cardiaque en pleine rue. Il avait 85 ans, la passion de la musique toujours intacte et de l’énergie à revendre. Retour sur son inoubliable parcours.

Né au Caire en 1930, le jeune Guy, Guy Béhar Hassan de son vrai nom, passe la majeure partie de son enfance au Liban, un pays qui lui restera cher tout au long de sa vie. Élève à la fois brillant et idéaliste, il se distingue dans ses études, obtenant un diplôme d’ingénieur à l’Ecole Nationale des Ponts et Chaussées. Il dirigera d’ailleurs des chantiers de construction. Pourtant, très vite, c’est vers une autre orientation qu’il se tourne : celle de la musique et, de façon plus générale, du spectacle.

Les années 50 sourient rapidement à ce jeune homme capable de jouer de nombreux instruments de musique, des plus classiques aux plus insolites. Celui qui avait fait quelques années auparavant l’Ecole Nationale de Musique de Paris voit les cabarets parisiens de la rive gauche lui ouvrir les portes du milieu artistique et s’y engouffre, de son talent plein de charme. Auteur-compositeur-interprète, il enchaîne les chansons françaises à succès dès la fin des années 50 (« L’eau vive », « Qu’on est bien », « Vive la rose »…), tout en écrivant des titres pour d’autres personnalités. On lui connaît ainsi des collaborations avec des artistes de renom de l’époque, telles Zizi Jeanmaire, Patachou ou encore Juliette Greco.

Fort de sa notoriété, Guy Béart s’essaie également à la télévision dans les années 60/70 en animant un talk-show « Bienvenue chez Guy Béart » où les célébrités de l’époque, tous styles de musique confondus, défilent allègrement. La pluralité de ses activités, son ton bienveillant et son visage jovial le rendent de suite sympathique aux téléspectateurs qui l’apprivoisent.

Si un cancer l’éloigne des paillettes et du show-biz durant un temps, il ne se laisse pas abattre pour autant. Sorti plus fort de cette épreuve, il poursuit sa carrière musicale par le biais d’un morceau évocateur « Demain je recommence » et publiera même un livre L’Espérance Folle en 1987 où il évoque sa maladie et son combat. L’ouvrage, fortement acclamé par la critique reçoit le Prix Balzac. Plus tard, en 1994, l’Académie Française l’honorera également du titre de La Grande Médaille de la Chanson Française.

Pourtant, loin d’une image trop lisse, le chanteur laisse deviner un caractère bien trempé, doté de quelques sautes d’humeur et d’idées engagées. Réputé pour ne pas avoir la langue dans sa poche, il a toujours su revendiquer ses opinions sans se laisser faire. Son altercation avec Serge Gainsbourg durant l’émission « Apostrophes » en 1986 notamment restera dans les mémoires. Les deux hommes, incapables de s’accorder sur un débat d’opinions « La chanson, art mineur ou majeur ? » se sont livrés à un dialogue très animé que personne n’a oublié aujourd’hui encore !

Téméraire mais aussi engagé, Guy Béart prend très à cœur le conflit qui se déroule au Liban en 1989, pays de son enfance. Suite à un voyage à Beyrouth, touché au plus profond de son âme par la guerre et les ruines qui s’étendent devant lui, il participera à plusieurs manifestations pour le pays et usera de sa plume sensible pour écrire sur le sujet.

Dans les années 2000, l’artiste se fait plus rare et effectue son grand retour en 2010, évoquant notamment ces dix années assez creuses, tant professionnellement que dans sa vie personnelle. Son album « Le Meilleur des Choses » est une réussite qui le replonge aussitôt vers la gloire, les spectacles, les émissions de promotion.

Il a donné son dernier concert cette année, le 17 janvier à l’Olympia assurant le show durant 4 heures ! Guy, plus enthousiaste que jamais, avait alors souhaité partager avec son public ses plus grands tubes mais aussi des anecdotes de scène ou de vie, invitant à se produire à ses côtés d’autres personnalités comme Julien Clerc ou encore sa fille, l’actrice Emmanuelle Béart.

De ce grand monsieur aujourd’hui, il reste un souvenir tendre. Sensible et engagé, il a su partager ces états d’âme avec brio tout au long de sa carrière en apportant à ses chansons une touche très personnelle, toujours empreinte de justesse. Figure notoire de la chanson d’après-guerre, il s’est illustré dans un style souvent poétique, parfois naïf, pour mieux donner du cœur à sa carrière et emprunter avec talent le chemin du bonheur. Son grain de voix spécifique a d’ailleurs vivement contribué à une discographie impressionnante (plus de 250 chansons). De quoi faire de lui fait un musicien hors-pair mais aussi un homme de cœur, qui a beaucoup donné aux autres, œuvreant pour les artistes d’une part, et pour son public de l’autre.

Ses absences ? De petites pauses temporaires dans une vie trépidante qui nécessite parfois un peu de recul afin de mieux redevenir sur le devant de la scène. Il n’a cependant jamais lâché prise. On se souviendra de lui comme un doux rêveur au mauvais caractère ; un artiste intemporel ; assurément l’une des personnalités les plus marquantes de sa génération.

Pour réécouter ses plus grands hits :
https://www.youtube.com/watch?v=lg1b4TDSE-E&list=PLQF3msTPSIVPOSnp9a0yE4m9fwHNIdFwF

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